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Avec des ventes nettes de près de 13 milliards de dollars depuis le début de l’année, il ne fait aucun doute que les FNB canadiens ont le vent dans les voiles. Le passé n’étant pas forcément garant de l’avenir, quelles tendances majeures permettront au secteur de poursuivre sur sa lancée au cours des prochaines années?

À la fin du mois d’août, on comptait 750 FNB au Canada, totalisant un actif sous gestion de 163 G$, selon les données de Valeurs Mobilières TD. « Au-delà de leur faibles frais de gestion, les FNB ont permis aux investisseurs d’avoir accès à des portefeuilles plus transparents, tant du point de vue des titres que de la méthodologie », explique Alain Desbiens, directeur de FNB BMO.

Selon lui, l’une des grandes tendances de l’industrie est la diversification des types de FNB disponibles sur le marché. Autrefois confinés à reproduire le rendement des grands indices boursiers, les FNB couvrent aujourd’hui une gamme bien plus vaste de stratégies d’investissement.

« Les conseillers en placement, les gestionnaires de portefeuille et les investisseurs veulent plus de choix de produits provenant de plus de fournisseurs différents. Mais cela ne veut pas dire que tous les fonds obtiennent l’attention du public », précise-t-il.

DES NOUVEAUX FNB THÉMATIQUES À FOISON

En ce moment, une flopée de FNB thématiques font leur entrée sur les marchés canadien et américain. Les FNB thématiques investissent dans des secteurs précis, par exemple les télécommunications, l’énergie ou les services financiers, ou encore dans des sous-secteurs, comme la blockchain ou le cannabis.

« Beaucoup de FNB thématiques sont lancés, mais il y a très peu d’actif dans ces fonds actuellement, environ 2,3 G$ sur 163 G$, observe M. Desbiens. Quand un FNB n’a pas au moins 25 M$ d’actif sous gestion, c’est un FNB qui est un peu moribond. Le risque avec ces fonds qui ne lèvent pas, c’est qu’ils ferment ou fusionnent sur un horizon de 12 à 18 mois », explique-t-il.

Le domaine pourtant très médiatisé de la chaîne de blocs ne suscite par exemple qu’un faible intérêt de la part des investisseurs. Actuellement, les cinq FNB thématiques spécialisés dans ce sous-secteur au pays affichent un actif sous gestion d’à peine 22 M$.

« Ce ne sont pas tous les FNB thématiques qui parviennent à trouver leur public. C’est pourquoi il est très important de vérifier l’actif sous gestion quand l’on cherche à investir dans ce type de fonds. »

LA RUÉE VERS LE CANNABIS

Au Canada, un sous-secteur obtient néanmoins un succès retentissant : celui du cannabis. Les cinq FNB canadiens spécialisés dans le domaine détiennent un actif sous gestion total de plus d’un milliard de dollars. « C’est vraiment une exception dans les FNB thématiques, et une spécificité du marché canadien », souligne Alain Desbiens.

Les FNB thématiques à options d’achat couvertes tirent eux aussi leur épingle du jeu, avec un actif de près de 8 G$ au Canada. Les stratégies de vente d’options d’achat couvertes utilisées par ces fonds consistent à vendre une option d’achat tout en détenant simultanément un nombre équivalent d’actions du titre sous-jacent. Une telle stratégie atténue le risque lié à la détention de titres tout en permettant de toucher les primes tirées de la ventes des options d’achat.

« En dehors des FNB sur le cannabis et sur les options d’achat couvertes, je n’ai pas remarqué un grand mouvement vers les FNB thématiques, explique M. Desbiens. Il faut dire que les frais de ces fonds dépassent parfois les 100 points de base. Des thèmes oui, mais à quel prix? »

CAP SUR LE REVENU FIXE

Longtemps associés aux actions, les FNB sont de plus en plus nombreux à se tailler une place dans le marché obligataire. « Autant les investisseurs institutionnels que les investisseurs de détail se tournent vers les FNB pour leurs portefeuilles de titres à revenu fixe », remarque Alain Desbiens.

Les ventes nettes de FNB obligataires ont crû de 4 G$ depuis le début de l’année, ce qui représente, proportionnellement, une croissance équivalente à celle des FNB d’actions, ajoute-t-il.

QUAND FNB ET FONDS COMMUNS SE RENCONTRENT

Malgré la popularité grandissante des FNB, les investisseurs et les conseillers continuent d’apprécier certaines caractéristiques des fonds communs de placement (FCP), tels que les commissions intégrées et les distributions.

Pour satisfaire la clientèle, les manufacturiers ont commencé à lancer des solutions de FNB enchâssées dans des structures de FCP. « On va assister à davantage de complémentarité de l’industrie des FNB et des FCP. Chez BMO par exemple, on a de plus en plus tendance à lancer nos nouvelles solutions simultanément en FNB et en FCP. Ce que les conseillers regardent de plus en plus, c’est si la boîte que constitue le FNB et le fonds commun est transparente, si la tarification est juste, si la méthodologie est efficiente et si le fournisseur offre un bon niveau de service », explique Alain Desbiens.

Il soutient en outre que des gestionnaires gèrent aujourd’hui des portefeuilles actifs uniquement composés de FNB.

LA QUÊTE D’UNE INFORMATION DE QUALITÉ

Depuis le début de l’année, on observe une consolidation chez les plus petits fournisseurs de FNB. À l’heure actuelle, 28 manufacturiers se partagent le marché au pays.

« Si une firme n’a pas un milliard d’actif sous gestion au Canada, ou le momentum pour l’atteindre prochainement, ça va être difficile pour elle d’avoir un modèle d’affaires rentable. »

Selon lui, les manufacturiers qui réussiront à se démarquer sont ceux qui fourniront une information complète et de qualité à leurs clients.

« L’avenir ne passera pas uniquement par l’arrivée de nouveaux produits. Avec la prolifération de FNB au Canada, il faut que l’industrie parvienne à bien synthétiser l’information. De plus en plus, les investisseurs et les services de conformité des firmes de valeurs mobilières demandent des informations plus détaillées sur le contenu des FNB et leur méthodologie », souligne-t-il.

Pour inciter les conseillers à vendre leurs produits, les fournisseurs de FNB tendent à leur offrir une panoplie de rapports de recherche et de conseils sur l’utilisation optimale de leurs fonds dans un processus de construction de portefeuille.

« Comment tirer profit d’un FNB de communication mondiale? Comment bien utiliser les FNB sectoriels dans un contexte de reprise économique? Il faut que ce soit simple pour les conseillers de comprendre ce qu’ils achètent », résume M. Desbiens.