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Neuf investisseurs institutionnels sur 10 dans le monde estiment que les portefeuilles axés sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont autant, voire plus de chances de dégager un bon rendement que leurs équivalents traditionnels, selon un sondage publié mardi par RBC Gestion mondiale d’actifs.

Mené pour la troisième année consécutive, cette fois auprès de quelque 542 investisseurs institutionnels et experts-conseils en placements aux États-Unis, au Canada, en Europe et en Asie, celui-ci constate notamment que la performance est devenue un argument de vente déterminant. Ainsi, près de quatre sondés sur dix (38 %) jugent que l’intégration des facteurs ESG peut contribuer à générer de l’alpha, soit une nette progression par rapport au résultat obtenu en 2017 (24 %).

Globalement, seuls 20 % des répondants ne croient pas que la prise en compte de critères ESG représente un moyen intéressant d’accroître les performances d’un placement. Parallèlement, le niveau d’incertitude à l’égard de la pertinence de ces facteurs en tant que source d’alpha demeure élevé, puisque 42 % des personnes interrogées disent ne pas avoir vraiment d’opinion à ce sujet.

LES CRITÈRES ESG NE CONCERNENT PAS SEULEMENT LES ACTIONS

L’enquête d’opinion révèle aussi que l’investissement responsable est de plus en plus considéré par les clients institutionnels comme une responsabilité fiduciaire, au point qu’ils sont aujourd’hui plus de 50 % à être de cet avis, ce qui représente le double de l’an dernier.

Elle montre en outre que la diversité des genres au sein des conseils d’administration demeure une préoccupation commune à de nombreux investisseurs institutionnels, puisque 42 % d’entre eux considèrent que les propositions d’actionnaires minoritaires constituent un moyen efficace de parvenir à cet objectif. Dans le sondage de l’an dernier, ce sont les « tendances du marché » qui étaient plutôt considérées comme étant la meilleure approche. Cette année, RBC avait demandé aux répondants de préciser leurs cibles en matière de diversité, et l’institution financière a constaté que 63 % sont en faveur de cibles non contraignantes tandis que, de ce nombre, 64 % préconisent un niveau supérieur à 30 %.

Le sondage relève par ailleurs que l’approche fondée sur les critères ESG ne se limite pas aux choix des actions. Ces dernières demeurent certes une priorité, comme en témoigne le fait que la majorité des investisseurs institutionnels incorporent ces facteurs ESG à leur processus. Mais les réponses fournies par les sondés prouvent que l’analyse fondée sur les données environnementales, sociales et de gouvernance va bien au-delà des actions : en effet, 60 % d’entre eux l’intègrent à leurs portefeuilles de titres à revenu fixe, 43 % aux placements immobiliers, 36 % à l’infrastructure et 34 % aux actifs non traditionnels.

PLUSIEURS APPROCHES POUR COMMUNIQUER AVEC LES ENTREPRISES

Dans son analyse des réponses reçues, RBC souligne enfin que, « à mesure que l’investissement responsable prend de l’ampleur, le dialogue sur la façon d’intégrer ses principes à un portefeuille est passé de l’application de critères d’exclusion, portant notamment sur les supposés titres “impies” liés à l’alcool, au tabac et aux armes, à toute une gamme d’approches mettant davantage l’accent sur la communication avec les entreprises comme moyen d’influencer leur comportement ».

À noter que lorsqu’on a demandé, dans le cadre du mouvement visant à s’affranchir des énergies fossiles, lequel de l’engagement ou du désinvestissement était le plus efficace, 45 % des personnes interrogées ont répondu l’engagement, contre 8 % qui préfèrent le désinvestissement. Une réaction qui, selon RBC, montre que « les investisseurs continuent de favoriser le dialogue avec les entreprises plutôt que de se concentrer uniquement sur la vente d’actions ».

Dans le même ordre d’idées, le sondage révèle que les entreprises associées aux munitions en grappe et aux mines terrestres sont les plus susceptibles d’être exclues (75 % des répondants les ont rejetées), suivies des sociétés liées au secteur des armes en général (66 %), au tabac (60 %) et aux combustibles fossiles (42 %).

« À mesure que l’intégration des critères ESG se généralise, la recherche sur l’investissement intégrant ces facteurs s’accentuera et occupera une place grandissante dans le processus de gestion des portefeuilles. Et à mesure que la demande de solutions de placement responsable augmente, les gestionnaires d’actif et les experts-conseils en placements seront de plus en plus appelés à conseiller leurs clients sur les options d’investissement responsable conformes à leurs objectifs financiers à long terme », commente Habib Subjally, premier gestionnaire de portefeuille et chef, Actions mondiales à RBC Global Asset Management (UK).

COMMENT INTÉGRER LES CRITÈRES ESG AUX PORTEFEUILLES?

« Les données de notre sondage confirment que la majorité des investisseurs institutionnels et des experts-conseils en placements ont adopté les principes ESG ou y songent sérieusement. Fait important, bon nombre d’entre eux estiment maintenant qu’il est de leur devoir d’envisager une approche axée sur ces critères. Cette tendance marquée influe grandement sur la répartition de l’actif des gros portefeuilles institutionnels, de même que sur les conseils et le service offerts par les experts-conseils en placements et les gestionnaires d’actifs », ajoute Judy Cotte, vice-présidente et chef, Gouvernance et investissement responsable à RBC Gestion mondiale d’actifs.

« Ces résultats indiquent que la popularité de l’investissement responsable (intégration des critères ESG, investissement d’impact, engagement des détenteurs d’actifs) va croissant, les investisseurs institutionnels se demandant maintenant non pas s’ils devraient adopter une approche axée sur ces facteurs, mais plutôt comment l’intégrer à leur portefeuille », conclut RBC.

Le Fonds de solidarité FTQ veut devenir plus « vert »

Pour atteindre cet objectif, l’organisme vient d’annoncer « une nouvelle stratégie de désinvestissement pétrolier et de réduction de l’empreinte carbone de ses activités », rapporte Radio-Canada, qui précise que celui-ci cessera notamment d’investir dans des projets d’exploration ou d’exploitation des hydrocarbures au Québec.

Dans une entrevue accordée à la chaîne publique d’information, le PDG du Fonds, Gaétan Morin, indique que cette politique confirme la fin annoncée l’an dernier des investissements dans le secteur du charbon utilisé pour produire de l’électricité. Et il souligne qu’elle constitue la première étape d’une « transition juste » vers une économie plus verte. « Nous nous sommes dit que l’avenir du Québec n’est sûrement pas dans les hydrocarbures. Pour ce qui est de nos investissements à l’extérieur de la province, c’est ici que nous parlons de transition », déclare le dirigeant.

RÉDUIRE DE 25 % L’EMPREINTE CARBONE DES INVESTISSEMENTS

« Cela va se faire sur plusieurs années, […] et le message que nous voulons envoyer, c’est que cette transition sera juste pour les travailleurs. Si nous décidions, du jour au lendemain, de couper les hydrocarbures sur la planète, ce serait impossible; il y a des travailleurs qui seraient affectés par cela », ajoute-t-il.

Radio-Canada précise que le Fonds vise une réduction d’au moins 25 % de l’empreinte carbone de ses investissements boursiers d’ici à 2025. Pour y parvenir, il encouragera les compagnies dont il est actionnaire à réduire leur consommation de ressources fossiles tout en les incitant à accroître leur efficacité énergétique.

Si plusieurs dirigeants d’entreprises dans le monde ont déjà adopté des politiques d’investissement responsable, très peu se sont dotés d’une cible en matière de climat, relève de son côté Le Devoir.  « Ici, il y a la Caisse de dépôt et nous. Nous sommes une vingtaine dans le monde », explique Gaétan Morin au quotidien montréalais. Ce dernier estime que le patron du Fonds « mise sur le leadership dont dispose [son organisation] pour avoir de l’influence, faire de la sensibilisation et accroître la cadence de la décarbonisation ».

LE FONDS VEUT AUSSI RENDRE SES ACTIVITÉS CARBONEUTRES

« Nous sommes assis sur 14,3 milliards de dollars d’actif. Le Fonds se retrouve au centre des parties prenantes que sont les travailleurs, les entreprises, la communauté, les actionnaires et le gouvernement. Pour nos entreprises partenaires, nous disposons d’une proximité avec le conseil d’administration dont peu d’investisseurs bénéficient. On se doit d’utiliser cette position privilégiée au Québec », insiste Gaétan Morin.

Concrètement, Le Devoir explique que le Fonds a l’intention :

  • d’exclure le secteur de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures au Québec de son portefeuille;
  • de réduire de 25 % d’ici à 2025 l’empreinte carbone de ses investissements dans les entreprises cotées en Bourse;
  • d’établir une cible de réduction sur ses investissements dans les entreprises privées d’ici à 2019;
  • de rendre les activités directes du Fonds carboneutre d’ici à mai prochain;
  • et de créer un programme de compensation volontaire pour les entreprises québécoises par le biais de sa filiale forestière Solifor.