Au Québec, plus d’une personne sur cinq âgée de 65 à 69 ans fait encore partie de la population active. C’est plus de deux fois la proportion observée en 2002. Ceux âgés de plus de 70 ans sont quant à eux près de 6 % à continuer de travailler, le double de ce que c’était 10 ans auparavant1.

Guillaume Hébert est chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Selon lui, le fait que les aînés travaillent n’est pas une mauvaise nouvelle en soi puisqu’elle signifie qu’ils sont en meilleure santé que les générations précédentes. Ce qui est préoccupant en revanche, c’est que certains continuent de le faire parce qu’ils n’ont pas d’autre choix.

Conseiller : Non seulement l’âge de la prise effective de la retraite par les Québécois augmente depuis le début des années 2000, mais de plus en plus de retraités continuent de travailler quelques heures par semaine. Comment l’expliquez-vous?

Guillaume Hébert : Les baby-boomers sont en santé. Nous avons affaire à des gens encore actifs à 65 ans, qui souhaitent continuer de contribuer à la société et y voient une forme d’épanouissement; ils le font donc parce qu’ils en ont envie. Mais c’est la belle histoire, celle qu’on nous présente constamment et qui a au moins l’intérêt de casser l’idée d’âgisme selon laquelle les aînés ne sont plus qu’un fardeau pour la société. Il existe cependant une autre réalité : de plus en plus de retraités continuent de travailler parce que les prestations qu’ils reçoivent ne sont pas suffisantes pour subvenir à leurs besoins. Et ceux-là occupent des emplois qui ne sont pas très valorisants et peu payants.

Effectivement, on en trouve beaucoup qui perçoivent un salaire minimum. Lorsque l’on pense à la situation de nos aînés, on imagine souvent qu’ils profitent de leur retraite au soleil et qu’ils sont entrés de plain-pied dans la société des loisirs dont ils s’étaient promis de jouir. La réalité est qu’ils sont nombreux à souffrir de problèmes de santé mentale parce qu’ils ont trop travaillé et sous trop de pression, et qu’à la retraite, ils doivent se contenter d’un emploi à 14 dollars l’heure pour payer les factures et l’hypothèque.

Encore faut-il qu’ils puissent travailler. Au Québec, l’espérance de vie moyenne sans incapacité se situe entre 65 et 68 ans.

Tout le monde n’arrive pas à l’âge de la retraite avec la même capacité de travail.

Près du quart des personnes de 65 ans et plus vit avec une incapacité, et cela varie en fonction des quartiers et des conditions socioéconomiques. Ceux qui résident dans des milieux défavorisés sont plus à risque de présenter des incapacités plus tôt que les résidents de quartiers plus aisés. Ainsi, pour un nombre important d’aînés, continuer de travailler n’est tout simplement pas une option, et ce sont souvent les moins nantis qui se retrouvent exclus du marché du travail pour des raisons de santé.

Donc, les personnes qui ont déjà les meilleurs revenus de retraite sont les plus susceptibles de pouvoir continuer de travailler…

Même si l’on observe une augmentation de la participation au marché du travail pour tous les niveaux de scolarité, ce sont majoritairement les personnes âgées ayant des diplômes postsecondaires qui trouvent un emploi après la retraite. En effet, celles-ci ont généralement des revenus supérieurs et sont en meilleure santé lorsqu’elles arrivent à la retraite. C’est aussi dans cette catégorie que se trouvent les professionnels qui peuvent plus aisément passer du travail salarié au travail autonome, tout en restant dans le même secteur.

Il y a des domaines qui se prêtent mieux au travail des aînés, n’est-ce pas?

Dans les domaines qui demandent de la force physique ou qui obligent à rester debout durant de longues heures, les employeurs auront tendance à privilégier les jeunes. En revanche, pour un professeur d’université ou une personne qui possède une expertise en droit, en finance, en santé, etc., il est plus facile de faire quelques heures de consultation une fois à la retraite. Mais ce n’est pas là que se trouvent en général les personnes à statut précaire. Il y a donc là une forme d’injustice sociale.

Le point de vue d’André Lacasse,
planificateur financier, conseiller en sécurité financière et représentant en épargne collective à Services financiers Lacasse.

« À 66 ou 67 ans, et même à 75 ans, on est encore capable de travailler, note André Lacasse. Pas forcément huit heures par jour à fendre du bois l’hiver, mais à temps partiel, il y a des choses intéressantes à faire. »

Le conseiller y voit donc un bon moyen d’arrondir ses fins de mois lorsque les revenus de retraite ne sont pas suffisants.

Et plus encore, ajoute M. Lacasse, qui y voit là un moyen stratégique d’augmenter ses revenus lorsqu’il sera temps d’arrêter totalement de travailler. D’une part parce que ces revenus de travail vont à court terme bonifier les prestations versées par la Régie des rentes du Québec (RRQ). Ensuite, si les revenus de travail sont suffisants pour permettre au jeune retraité de retarder le moment de toucher la pension de Sécurité de la vieillesse (PSV) versée par le gouvernement fédéral, il en retirera un grand bénéfice.

« En percevant la PSV à 70 ans plutôt qu’à 65 ans, celle-ci sera bonifiée de 42 %, indique-t-il. C’est toute une différence! Bien entendu, cela signifie que l’on a soit assez de revenus de travail, soit des REER pour pouvoir tenir jusqu’à 70 ans. »

Quoi qu’il en soit, André Lacasse rappelle qu’il n’y a pas de situation universelle et que s’asseoir avec un conseiller demeure la meilleure manière d’optimiser ses revenus de retraite.

1 Source : Statistique Canada