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Les femmes sont plus nombreuses qu’avant à se lancer en affaires. Elles dirigent majoritairement des entreprises de petite taille (20 employés ou moins) et sont plus susceptibles d’exercer dans le secteur des services étant sous-représentées dans les secteurs à forte croissance comme les technologies — quoique la tendance est en train de s’inverser. Par ailleurs, la pandémie a entraîné des répercussions plus importantes pour les entrepreneures que pour leurs homologues masculins.

Ce sont là les principaux constats d’un rapport publié par le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE), un organisme national qui offre du contenu et des ressources aux entrepreneures de partout au pays. Il dresse un état des lieux de l’entrepreneuriat féminin en mettant l’accent sur les répercussions de la pandémie.

L’IMPACT SOCIAL AVANT LA CROISSANCE

Chiffres à l’appui, il appert que les femmes sont plus susceptibles d’exercer une profession à leur compte que d’être propriétaires d’une entreprise constituée en société. De fait, au Canada, 15,6 % des PME sont détenues par des femmes. Elles représentent toutefois 38,3 % de l’ensemble des travailleurs autonomes (soit près de 1 100 000 femmes en 2019).

Elles se retrouvent donc à la tête d’entreprises de plus petite taille qui comptent souvent moins de 20 employés. De plus, elles privilégient la stabilité et l’impact social, accordant moins d’importance à la croissance, ce qui peut compromettre leur succès et les rendent plus vulnérables en cas de perturbation comme l’a été la crise sanitaire.

Enfin, elles se heurtent davantage à des obstacles qui limitent leur accès au financement, aux services et aux mesures de soutien. Cela touche particulièrement les entrepreneures issues de groupes sous-représentés, notamment les femmes racisées, autochtones, handicapées ou du groupe LGBTQ2S+.

Elles recourent moins souvent que les hommes au financement externe, un autre élément qui fragilise leur entreprise. Une enquête du Global Entrepreneurship Monitor menée en 2019 révélait que le manque de financement avait poussé 20,9 % des femmes à fermer leur entreprise, contre seulement 14,6 % des hommes.

La COVID-19 est venue amplifier ces limites auxquelles les entrepreneures sont confrontées. Bon nombre d’entre elles n’ont pu bénéficier des programmes d’aide qui donnaient la priorité aux PME ayant des salariés et aux entreprises constituées en société. Elles ont subi des pertes de revenus et d’effectifs supérieures aux entreprises dirigées par leurs homologues masculins. En plus, elles ont dû assumer un plus lourd fardeau pour s’occuper des leurs et de la maisonnée.

UN GROUPE HÉTÉROGÈNE

Les entrepreneures ne forment pas un bloc monolithique, un élément qui doit être pris en compte dans l’élaboration des programmes de soutien et de financement.

Ainsi, les immigrantes se lancent souvent en affaires parce qu’elles ont plus difficulté à intégrer les marchés du travail traditionnels. Dans certains groupes ethniques, la proportion de travailleuses autonomes est supérieure à la moyenne nationale canadienne. Travailler à leur compte contribue à leur autonomie économique et facilite la conciliation avec leurs responsabilités familiales.

Du côté des entrepreneures autochtones, elles choisissent de créer leur entreprise ou de travailler à leur compte en raison du manque de ressources et de possibilités dans les réserves.

Quant aux agricultrices, elles se sentent souvent ignorées en tant qu’entrepreneures, même si elles partagent souvent la propriété de l’exploitation agricole avec leur conjoint. Elles sont très dépendantes des institutions financières alors que leur entreprise est plus vulnérable aux aléas de la nature que tout autre.

Pour lever les obstacles et créer les conditions propices au succès des entrepreneures, il convient d’adopter des politiques et des pratiques publiques ciblées et solides, soutiennent les auteurs. Ils émettent plusieurs recommandations. Ils proposent notamment de renforcer l’accès au financement et favoriser la création de solutions de financement adaptées aux besoins des entrepreneures pour combler des lacunes autant en microfinancement que dans les fonds de capital de risque.