Main ouverte d'une femme avec flèche grimpant vers le haut.
Photo : Sebastien Decoret / 123RF

Le marché du travail canadien ne montre aucun signe de ralentissement malgré des taux d’intérêt élevés, une tendance qui, si elle se poursuit, pourrait forcer la Banque du Canada à augmenter davantage son taux directeur.

La dernière enquête sur la population active de Statistique Canada, publiée vendredi, a montré que l’économie avait créé 150 000 emplois en janvier.

Pendant ce temps, un plus grand nombre de Canadiens travaillaient ou cherchaient du travail, puisque 153 000 personnes se sont jointes à la population active.

Royce Mendes, chef de la stratégie macroéconomique chez Desjardins, a estimé que les vigoureuses données sur l’emploi suggéraient que les taux d’intérêt ne sont pas assez élevés ou qu’ils n’ont pas eu assez de temps pour affecter l’économie plus largement.

« À ce stade, on ne sait pas quelle est la réaction appropriée de la Banque du Canada. Mais cela augmente certainement les chances qu’elle doive se réengager avec des hausses de taux cette année », a souligné Royce Mendes.

Le marché du travail reste tendu, le taux de chômage du pays étant resté stable à 5,0 %, se situant juste au-dessus de son creux record de 4,9 %, atteint au cours de l’été.

L’économie canadienne suit une tendance à la hausse avec l’emploi depuis septembre, ayant ajouté un total de 326 000 emplois. Et ce, même si les prévisionnistes anticipent que le coût d’emprunt plus élevé ralentira considérablement l’économie cette année et affectera les niveaux d’emploi.

Dans sa décision du 25 janvier, la Banque du Canada a indiqué qu’elle prévoyait de cesser d’augmenter les taux d’intérêt pour l’instant, laissant le temps aux taux d’intérêt plus élevés de se frayer un chemin dans l’économie.

Mais la banque centrale a souligné que cette pause était conditionnelle et a laissé la porte ouverte à d’autres hausses de taux si l’inflation se révélait plus tenace que prévu.

DES GAINS DANS TOUS LES SECTEURS

Des gains ont été réalisés dans tous les secteurs en janvier, mais surtout dans le commerce de gros et de détail, où 59 000 emplois ont été créés, a précisé Statistique Canada. Dans les soins de santé et l’assistance sociale, 40 000 emplois ont été ajoutés.

La plupart des emplois ajoutés à l’économie étaient à temps plein, tandis que les personnes âgées de 25 à 54 ans étaient à l’origine des gains.

Au chapitre des provinces, les plus fortes hausses de l’emploi sont survenues en Ontario, au Québec et en Alberta, où les gains nets d’emplois se sont chiffrés respectivement à 63 000, 47 000 et 21 000. Le taux de chômage au Québec a reculé de 0,2 point de pourcentage, à 3,9 %.

Dans une note adressée à ses clients, le directeur des études économiques de la TD, James Orlando, a qualifié le rapport de vendredi d’« éruption ».

« Le fait que les gains se soient concentrés sur les emplois à temps plein dans le secteur privé, aux côtés d’un plus grand nombre de personnes travaillant plus d’heures, rend ce rapport encore plus impressionnant », a écrit James Orlando.

Les gains d’emplois surviennent également à un moment où les mises à pied dans les secteurs de la technologie et du commerce de détail font la une des journaux.

Mais Brendon Bernard, un économiste principal du site web d’embauche Indeed, a souligné que les mises à pied se produisaient régulièrement et n’influençaient pas nécessairement le nombre global d’emplois.

« Les entreprises individuelles ne font vraiment pas bouger l’aiguille des chiffres globaux de l’emploi à l’échelle nationale », a observé Brendon Bernard.

Par ailleurs, les chiffres de l’emploi au Canada pour janvier trahissent une certaine ressemblance avec la vigueur de l’économie américaine, qui a ajouté 517 000 emplois le mois dernier.

Le marché du travail étant en pleine effervescence, les salaires ont également augmenté, bien qu’à un rythme plus lent que l’inflation. En janvier, les salaires ont augmenté de 4,5 % d’une année à l’autre, à un rythme légèrement plus lent qu’en décembre.

Le ralentissement de la croissance des salaires reflète en partie des salaires moyens relativement élevés en janvier 2022, les restrictions liées à la COVID-19 ayant entraîné des pertes d’emplois dans les secteurs les moins bien rémunérés.

Les révisions des données de l’enquête sur la population active suggèrent que la croissance des salaires a culminé à 5,8 % en novembre.

OBJECTIF: ATTERRISSAGE EN DOUCEUR

Depuis mars, la Banque du Canada a relevé son taux directeur huit fois de suite, le portant à 4,5 % _ son niveau le plus élevé depuis 2007.

En règle générale, des taux d’intérêt plus élevés incitent les entreprises et les particuliers à réduire leurs dépenses. À mesure que les dépenses ralentissent et que les ventes chutent, les entreprises peuvent modifier leurs plans d’embauche.

Alors que la banque centrale reste concentrée sur la réduction de l’inflation au pays, qui s’élevait à 6,3 % en décembre sur une base annuelle, elle insiste sur le fait que le marché du travail tendu est le signe d’une économie en surchauffe qui alimente l’inflation.

La banque centrale espère voir un assouplissement du marché du travail, ce qui, selon elle, est nécessaire pour que l’inflation revienne à son objectif de 2 %.

Même si les économistes notent généralement que l’emploi est le dernier indicateur à tourner pendant un ralentissement économique, le marché du travail a dépassé les attentes de la plupart des économistes.

La Banque du Canada vise un « atterrissage en douceur », où l’inflation chute sans qu’un grave ralentissement économique ne se produise.

Et bien que l’économie résiste mieux que prévu, Royce Mendes a estimé qu’il était trop tôt pour dire si la Banque du Canada réussira un atterrissage en douceur.

« Je pense que des taux d’intérêt plus élevés ont encore besoin de temps pour se frayer un chemin dans l’économie avant de pouvoir dire que nous sommes tirés d’affaire en ce qui a trait au potentiel de récession. »