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Cela fait plus de quarante ans que les obligations n’ont pas traversé une période aussi difficile qu’actuellement. Que nous réserve l’avenir ?

Le marché obligataire, longtemps associé à des rendements faibles en raison de la faiblesse des taux d’intérêt, se retrouve aujourd’hui dans une situation différente, mais peu enviable.

C’est que les obligations sont doublement victimes du contexte économique. La remontée des taux d’intérêt fait mécaniquement baisser le prix des obligations. Au Canada comme aux États-Unis, le marché accuse un recul de 10 % depuis le début de l’année, une chute inédite depuis 1979, rappelle Nicolas Vaugeois, gestionnaire de portefeuille chez Fiera Capital, en entrevue avec Les Affaires.

Or, les hausses de taux vont se poursuivre, pointe M. Vaugeois, car les banques centrales ont changé de point de vue sur la situation économique : elles considèrent désormais que l’inflation n’est plus transitoire. Elles doivent donc s’attaquer au problème, et un de leurs outils privilégiés est la hausse des taux directeurs.

D’un autre côté, l’inflation gruge le rendement des obligations. Une bonne obligation à cinq ans au municipal au Québec peut rapporter 4 %… mais avec une inflation de 5 à 6 %, le taux réel est négatif.

Les obligations voient donc leur prix chuter tout en offrant des rendements négatifs… Il n’y a pas de quoi rassurer les investisseurs.

Pourtant, il faut éviter les conclusions hâtives. Les obligations gardent leur place dans les portefeuilles. Tout le monde n’a pas acheté toutes ses obligations en ce début d’année, et personne ne va certainement vendre toutes ses obligations dans les semaines à venir : la chute des prix doit donc être replacée sur un horizon de placement plus large.

De plus, il reste des opportunités sur le marché obligataire, tant du côté des obligations de sociétés que des titres gouvernementaux. L’essentiel est de privilégier la qualité des obligations. Le principal risque demeure le défaut de l’émetteur.

Et même si les taux d’intérêt devaient continuer à augmenter, il y aura des opportunités à saisir sur des obligations de qualité. On peut aussi se tourner vers des obligations à échéance réduite, en augmentant la durée au fur et à mesure que les taux d’intérêt poursuivent leur montée. Cela évite la volatilité sur les prix des obligations, car les taux sont semblables, quelles que soient leurs échéances.

Enfin, il serait risqué d’éviter les obligations pour investir uniquement en actions. Les risques de récession économique sont plus grands depuis le début de la guerre en Ukraine. Or, une récession aurait des effets négatifs sur les marchés d’actions. Et même sans recul de l’activité économique, la volatilité demeure élevée sur ces marchés.