La retraite préoccupe la majorité des travailleurs québécois, selon un sondage effectué l’an dernier par SOM pour Question Retraite et la Régie des rentes du Québec. Dès le début de leur vie professionnelle, soit en moyenne vers l’âge de 23 ans, ils pensent à économiser pour assurer leurs vieux jours.

Parmi les 1 150 travailleurs âgés de 18 à 44 ans interrogés, six sur dix pensent que mettre de l’argent régulièrement de côté demeure la meilleure façon d’atteindre leur objectif. Pour y parvenir, près de la moitié des sondés (47 %) disent s’informer auprès de leurs parents et amis, tandis que 67 % consultent un conseiller ou un planificateur financier pour les aider à y voir plus clair dans leurs finances personnelles.

Résultat : les Québécois ont tendance à adopter de meilleures habitudes en matière de finances personnelles, notamment grâce à la mise en œuvre de la Stratégie québécoise en éducation financière, se félicitait récemment l’Autorité des marchés financiers (AMF). Toutefois, l’Autorité ajoutait dans la foulée que plusieurs « lacunes comportementales » subsistaient au sein de la population, notamment en ce qui concerne la planification de la retraite.

1) Les Québécois connaissent mal les produits financiers

Si l’on en croit une enquête réalisée en novembre 2015 par Léger pour le compte de l’AMF, les professionnels ont du pain sur la planche pour changer la culture financière au Québec. Intitulée Les Québécois, l’argent et les finances personnelles, elle démontre que seuls 40 % d’entre eux admettent avoir une bonne connaissance des produits et services financiers offerts sur le marché, tandis que 59 % mentionnent l’inverse.

Les hommes (51 % contre 30 % pour les femmes), les personnes de 65 ans et plus (48 %), celles ayant une scolarité de niveau universitaire (57 %) ou ayant un revenu annuel de 80 000 $ et plus (54 %), les non‑francophones (52 % contre 37 % pour les francophones) ainsi que les propriétaires (46 % contre 33 % pour les locataires) sont plus susceptibles de bien connaître les véhicules d’épargne qui leur sont proposés. À l’inverse, les répondants ayant une scolarité de niveau primaire ou secondaire (70 %) et ceux dont le revenu est inférieur à 40 000 $ (71 %) sont plus nombreux à en ignorer les détails.

Le sondage révèle aussi que plus du tiers des Québécois (35 %) se disent peu ou pas du tout à l’aise de parler d’argent et de finances personnelles en général, bien qu’ils soient davantage enclins à en discuter avec un professionnel de la finance (7,1 sur une échelle de 10) qu’avec leurs amis (5,7), leur famille (5,5) ou leurs collègues de travail (4,8). Enfin, la vaste majorité des sondés (80 %) reconnaissent que le fait d’accroître leurs connaissances dans le domaine des finances personnelles pourrait leur permettre d’améliorer leur situation financière personnelle.

2) Mieux vaut être un homme et avoir fait des études

Les hommes (43 %) sont plus nombreux que les femmes (31 %) à considérer qu’ils ont de bonnes connaissances financières, conclut Statistique Canada dans une étude, Les connaissances financières des Canadiens : différences selon le sexe, publiée au printemps dernier. Dans ce document, l’organisme note que l’inégalité se creuse encore un peu chez les personnes les plus âgées, celles qui ont suivi des études universitaires ou qui possèdent un revenu plus élevé.

Ainsi, parmi les Canadiens ayant un diplôme d’études secondaires ou moins, seuls 11 % des femmes et 16 % des hommes ont correctement répondu aux cinq questions de base de l’enquête portant sur l’inflation, les taux d’intérêt et la diversification des risques. Par ailleurs, les résultats étaient de 18 % pour les femmes et de 32 % pour les hommes parmi les sondés ayant fait des études supérieures.

« Petite lueur d’espoir cependant : il n’y a aucune différence entre les connaissances financières des hommes et celles des femmes parmi les diplômés universitaires de moins de 35 ans », relève Conseiller.ca. Ce média observe par ailleurs que les personnes mariées ou vivant en union libre, quel que soit leur sexe, ont une meilleure culture en ce qui a trait aux finances personnelles que les célibataires.

Toutefois, l’écart subsiste entre l’homme et la femme au sein du couple, « surtout lorsque c’est monsieur qui s’occupe principalement de la gestion des finances ou qui a le revenu le plus important ». En revanche, lorsque les deux partenaires partagent les responsabilités financières ou apportent une contribution égale au revenu total du ménage, on ne note plus aucune différence.

Conseiller.ca souligne que ces résultats sont d’autant plus importants qu’une autre étude de Statistique Canada publiée au printemps 2016, Littératie financière et planification de la retraite, « permet de constater que ceux qui ont de meilleures connaissances financières sont plus aptes à bien se préparer pour leur retraite et ont une idée plus précise des sommes qu’ils devraient mettre de côté ».

3) Près de deux clients sur trois ignorent ce qu’est une rente

Alors que l’écrasante majorité des Canadiens (94 %) souhaitent avoir un revenu garanti à vie à leur retraite, près des deux tiers (61 %) d’entre eux ignorent ce qu’est exactement une rente, explique Avantages. En effet, selon un sondage de RBC Assurances mené en ligne par Ipsos l’an dernier auprès de 1 000 personnes de 55 à 75 ans, 58 % d’entre elles craignent d’épuiser leur épargne-retraite avant leur décès. La raison? Seul un répondant sur cinq (22 %) juge que les régimes publics en vigueur au pays (Régime de rentes du Québec, Régime de pensions du Canada, Sécurité de la vieillesse) lui procureront un revenu suffisant pour assurer ses vieux jours. Malgré cela, relève Avantages, seul un tiers (35 %) des sondés envisagent la possibilité de souscrire une rente dans le cadre de leur plan de retraite, même si, selon RBC, celle-ci procure un revenu garanti à vie à l’abri des fluctuations boursières.

D’après la banque, le sondage révèle une profonde méconnaissance du grand public par rapport à ce type de produit. Ainsi, si 70 % des Canadiens sont au courant que celui-ci peut offrir un revenu à vie, 60 % ignorent qu’on ne peut le souscrire que par l’intermédiaire d’un conseiller autorisé en assurance. De même, près de 30 % des personnes interrogées ne savent pas que si la rente a été souscrite au moyen de fonds non enregistrés, la portion des intérêts du paiement mensuel, imposable, est répartie également sur toute sa durée.

4) Le grand responsable : le manque de planification

« L’incertitude à l’approche de la retraite est attribuable à un manque de planification et non à un manque d’épargne », affirme RBC Gestion de patrimoine. Si l’on en croit son dernier rapport, les Canadiens économisent en effet généralement assez d’argent pour assurer leurs vieux jours, mais plus d’un quart (28 %) de ceux qui s’apprêtent à quitter la vie active n’ont pas de plan financier, et c’est encore le cas de 19 % des retraités.

Intitulé Prendre sa retraite au Canada, ce document d’une quarantaine de pages aborde notamment la question des sources de revenus à cette étape de l’existence et « traite des façons de personnaliser un plan financier de manière à ce qu’il corresponde aux besoins et objectifs » de chacun. « Établir un plan financier complet ne se limite pas à déterminer le montant d’épargne nécessaire, souligne RBC. Ce plan doit prévoir les changements de conjoncture, les dons de bienfaisance, les projets de voyage et les besoins futurs de la famille sur le plan de la santé pour permettre de mener le mode de vie souhaité à la retraite. »

Conclusion de la banque : l’écart existant entre les perceptions des baby-boomers, dont bon nombre ignorent quels seront leurs besoins financiers une fois retraités, et la réalité s’explique principalement par l’absence de vision à moyen et à long termes. « Les gens doivent axer leur planification sur les moyens de mener le mode de vie qu’ils souhaitent plutôt que seulement sur l’argent dont ils auront besoin pour vivre », estime-t-elle.

Conscient du fait que « les Canadiens n’ont pas toutes les connaissances requises pour comprendre ce sujet complexe », Option consommateurs a publié l’an dernier un rapport détaillé portant sur les différents outils de planification de la retraite offerts par les institutions financières. S’il admet que « les informations présentées [au public] ne sont pas objectivement fausses » et que « ces outils comportent des avantages indéniables, car ils permettent d’amorcer une réflexion sur la préparation de la retraite », l’organisme dit aussi « craindre que les consommateurs soient dirigés vers des produits financiers (…) sans connaître l’ensemble de leurs options de revenu de retraite et les stratégies qu’ils peuvent mettre en œuvre ».

5) Petit guide de finances personnelles pour clients néophytes

Certains de vos clients ne comprennent pas tout ce que vous leur expliquez? Le magazine Protégez-Vous a recensé plusieurs organismes qui pourront les aider à acquérir des connaissances financières de base. C’est notamment le cas des cours en ligne ouverts et massifs (CLOM, également appelés Massive Open Online Courses, ou MOOC), ces cours virtuels gratuits qui rencontrent un vif succès aux États-Unis.

L’offre se développe aussi au Québec, par exemple à l’Université du Québec à Trois-Rivières, qui propose des sessions permettant aux participants « d’accroître leur capacité à prendre les bonnes décisions en matière de finances personnelles et de fiscalité ». L’an dernier, l’université a recueilli quelque 6 400 inscriptions et plus de 1 800 personnes ont terminé la formation et obtenu une attestation de fin de session.

Si la formule des CLOM ne correspond pas aux besoins de vos clients, sachez que d’autres organismes offrent eux aussi des outils de formation, à commencer par l’AMF. La section « Renseignez-vous » de son site Web comporte une mine de renseignements sur les assurances, les placements, la planification de la retraite et les finances personnelles en général. Elle contient en outre des calculateurs et un lexique financier.

De même, les sites Web de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, de QuestionRetraite ou du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC) regorgent de conseils pratiques pour les investisseurs débutants. Enfin, l’Association canadienne des administrateurs de régimes de retraite (ACARR) a lancé au début de l’année un nouveau site visant à améliorer les connaissances des Canadiens en proposant, entre autres, des jeux-questionnaires formés de questions à choix multiples sur les régimes gouvernementaux, les régimes d’employeur et les régimes d’épargne populaire.