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Aujourd’hui, vous ne pouvez plus vous permettre de ne pas proposer d’investissement socialement responsable (ISR). La nouvelle génération de clients veut pouvoir faire une différence à son niveau et placer ses économies dans ce type de stratégie. Cette tendance, qui amène de nombreuses occasions, recèle aussi certains écueils.

Ces dernières années, de plus en plus de voix font pression pour intégrer les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à l’investissement.

Sébastien St-Hilaire, conseiller en placement à Valeurs Mobilières Desjardins pour l’équipe Leblanc Martineau St-Hilaire, en identifie quatre :

  • Les gouvernements, qui instaurent certaines mesures comme les taxes carbone;
  • Les citoyens, qui ne veulent pas acheter de produits polluants;
  • Les actionnaires de sociétés, qui ont peur des pertes financières liées aux problèmes environnementaux;
  • Les pressions culturelles. Par exemple, chez les Kogis, un peuple autochtone de Colombie, faire un trou dans la terre pour y construire un tunnel est impensable, puisqu’elle est considérée comme la mère nourricière.

« Le capitalisme est un système qui sait s’adapter. Ces quatre vecteurs vont pousser les entreprises à modifier leurs pratiques », affirme-t-il.

Cependant, certaines sociétés tournent les coins ronds et disent un peu trop facilement respecter les critères ESG.

« Ces 12 derniers mois, la communication a pris le devant sur la gestion. Je sens qu’on a un peu dérapé. On donne trop d’importance au marketing et parfois, il y a peu de substance derrière. Certains fonds se disent responsables alors qu’ils ne le sont pas vraiment », constate Valérie Cecchini, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille à Placements Mackenzie.

Il n’existe pas encore de certification ESG pour les produits financiers au Canada, ce qui permet certaines déviances. Aujourd’hui, la plupart des compagnies se disent responsables et intègrent les facteurs ESG à un certain niveau, mais certaines approches vont plus loin que d’autres. Ainsi, deux portefeuilles, dont l’un serait très restrictif et l’autre, très permissif, pourraient être les deux étiquetés ESG.

Des certifications commencent à apparaître en Europe. La tendance devrait donc arriver rapidement au Canada. Malgré cela, Valérie Cecchini estime que les investisseurs ont les moyens de faire eux-mêmes les recherches pour trouver les meilleurs fonds.

« On a de plus en plus d’informations et celles-ci vont être de plus en plus disponibles. Ça va être facile pour les investisseurs d’analyser les compagnies qui sont dans les fonds » et de déterminer ainsi si elles respectent les valeurs qu’elles prônent, explique-t-elle.

UN CERTAIN COÛT

Un des facteurs principaux qui explique ces déviances reste évidemment les coûts. La plupart des fonds ESG se vendent plus cher autres produits, car la recherche a un prix.

Et même si le prix baisse depuis deux ans, certains fonds responsables restent plus coûteux que d’autres. Les produits qui suivent des indices ESG demeurent parmi les moins onéreux, mais ils sont également sujets aux erreurs. Le plus gros fonds négocié en Bourse de Vanguard consacré au développement durable a ainsi détenu pendant quelque temps de petites positions dans des actions d’armes à feu, qui ne correspondaient pas à ses critères d’admissibilité.

« C’est facile de construire un fonds indiciel, explique Valérie Cecchini. Ce n’est pas cher, mais on obtient du « pas cher « ! »

Selon elle, la clé de l’ISR est d’avoir une équipe interne qui fait de l’analyse et de miser sur des plateformes de recherche extra-financière comme MSCI.

« Il faut aller chercher des compétences quand vient le temps de faire une étude des parties prenantes d’une communauté, des répercussions qu’une entreprise peut avoir, de sa gouvernance, de la rémunération de ses employés, etc. », confirme Sébastien St-Hilaire.

LES OCCASIONS LIÉS AUX CRITÈRES ESG

Malgré les coûts et la difficulté de respecter les critères ESG, le faire amène son lot d’avantages, affirme Valérie Cecchini.

Certaines sociétés peuvent y trouver un nouveau créneau, comme ça a été le cas avec Intact Assurance. Avec la multiplication des inondations et des ouragans et les pertes énormes qui ont suivi, un bon nombre de compagnies d’assurance se sont remises en question.

Intact a créé de nouveaux produits spécifiques, avec une tarification plus adaptée aux conditions changeantes. Cela lui a permis d’assurer davantage de personnes, raconte Mme Cecchini.

Pour les conseillers, l’investissement responsable peut être un prétexte pour maintenir les relations avec ses clients en leur en parlant. On peut ainsi expliquer les avantages de ces fonds et regarder si ceux-ci intéressent les clients, puis s’assurer en même temps que leur situation n’a pas évolué.

Ce type de produit est également un excellent moyen d’engager la conversation avec les jeunes investisseurs. On parle beaucoup de l’important transfert de patrimoine intergénérationnel qui aura lieu sous peu, il faut donc savoir toucher les jeunes investisseurs et il est possible de le faire en leur parlant d’ISR.

Les critères ESG demeurent également un bon sujet à aborder avec les femmes, une clientèle qui s’y intéresse tout particulièrement.

« L’ISR, c’est vraiment de l’or pour les conseillers! » conclut la gestionnaire de portefeuille.